
Cette nouvelle maison qui est construite sur le bien paternel est destinée à Joseph, le deuxième fils d'Émile. D'ailleurs, Joseph est le fils préféré de sa mère Sophie et c'est lui qu'on désire pour prendre la relève sur la terre familiale. À l'automne 1905, Joseph épouse Alice Lebel de Notre-Dame- du-Portage et un premier enfant du nom d'Albert voit le jour.
D'autres enfants d'Émile, encore très jeunes, demeurent également dans la maison familiale et bien entendu Georgiana qui est considérée comme « la bonne à tout faire ». Pour sa part, Didier, le troisième fils d'Émile, quitte le Canada pour Lewiston, Maine dans le but de gagner sa vie et d'y demeurer en permanence. Ce jeune homme, n'ayant pas encore vingt ans, suit ainsi les traces de plusieurs de ses oncles et tantes et comme beaucoup de Québécois à la fin du siècle dernier.
Toujours est-il qu'au début de l'été 1907, soit le 30 juin, Joseph se rend en excursion aux Îles Les Pèlerins avec son frère Émile surnommé « Pitoune » et d'autres compagnons de Saint-André. Joseph décide d'aller chasser seul au bout de l'île, il n'en revint malheureusement jamais. Pour des raisons qui demeurent inexpliquées, il aurait glissé sur un rocher, tombé à l'eau et se serait noyé. Quel drame pour la famille immédiate et particulièrement sa mère, ainsi que pour la petite localité de Saint-André. Le deuil est surtout lourd à porter pour sa femme Alice, enceinte d'un deuxième enfant (Alberta) qui voit le jour peu de temps après le décès de son père. Lorsque les enfants d'Émile parlent de Joseph, les larmes jaillissent de leurs yeux, et ce, même plusieurs années après le tragique événement. Encore aujourd'hui, sa seule soeur vivante Marie-Ange, âgée de 96 ans, et domiciliée à Québec parle du « défunt frère » avec beaucoup de respect et d'émotion.
Après les funérailles de Joseph, il faut penser à sa succession sur le bien paternel. Le premier fils de la famille « Pitoune » préfère la mer à la terre. On décide donc de demander à Didier de revenir au Canada pour prendre la relève du « défunt frère ». Didier accepte et il épouse en 1908 Mary Ouellet de Saint-Pascal. Un seul enfant voit le jour de cette union, il s'agit du « petit Lucien ». Contrairement à son père, Lucien peut se glorifier d'avoir eu une famille un peu plus nombreuse. La maison familiale, la grosse maison rouge dans le croche qui a hébergé beaucoup de « quêteux », sera centenaire en 1990. Antonia, la femme de Lucien, y habite toujours avec son fils Yvan qui est propriétaire de la maison.
Note de l’auteur :
Ce texte ayant été rédigé en décembre 1989, il faut noter la disparition de deux personnes depuis ce temps. Il s’agit de la vieille tante Marie-Ange, décédée le 23 septembre 1993 à l’âge de 99 ans et 8 mois, et de ma mère Antonia , décédée le 10 avril 1995 à l’âge de 87 ans. La maison est maintenant plus que centenaire et elle est toujours située au même endroit.
Il ne fait aucun doute que cet événement a changé le cours de l'histoire. Si Joseph n'avait pas connu cette fin tragique, les noms qui apparaissent sur le tableau généalogique suivant auraient été différents, et ce, à partir de la neuvième génération.
