Noël en Nouvelle-France, c'est aussi le Noël de mon enfance.
Au tout début de la colonie, la fête de Noël portait les couleurs de la France. Les Ursulines de Québec installaient dans leur chapelle, une crèche entourée de sapins, tout comme elles le faisaient en Europe. Dans cette crèche se retrouvaient les trois personnes de la Sainte-Famille, ainsi que les bergers avec leurs moutons. Les anges avaient bien sûr, une place de choix. À minuit, le prêtre célébrait une grande messe suivie d'une basse messe. La tradition est fort semblable aujourd'hui encore.
Toute la famille assistait à la messe de minuit à l'exception de la mère, de la grand-mère ou de l'aînée des filles. Il fallait en effet quelqu'un pour prendre soin des jeunes enfants et pour veiller aux derniers préparatifs du réveillon. C'est en carriole que l'on se rendait à l'église. On prenait grand soin du cheval. Un coup de froid était vite arrivé, on le recouvrait d'une couverture pour toute la durée de la messe. À cette époque, chaque famille avait son banc réservé à l'église. La grande messe revêtait beaucoup de solennité, alors que l'on chantait des cantiques à la basse messe. Les vœux étaient échangés à la sortie de l'église et vivement, tout le monde regagnait la maison où attendait le repas du réveillon auquel participaient aussi les petits enfants.
Ce réveillon était une véritable fête après le jeûne de l'Avent. Son menu se composait surtout de dinde, de ragoûts de pattes de cochon, de tourtières, de charcuterie et de desserts. Le tout était arrosé de rhum. Le réveillon se terminait souvent à l'heure de faire "le train" et de s'occuper des animaux. Les plus vieux se reposaient, alors que les enfants jouaient allègrement.
Pour nos arrière-grands-parents, la fête de Noël revêtait une importance sans pareille. Événement d'abord spirituel, on n'oubliait pas pour autant que la visite allait arriver et qu'il fallait être prêt. Vers le 8 décembre ou dès que le froid s'installait, on " faisait boucherie ", c'est-à-dire qu'on tuait les animaux nécessaires pour la préparation de la " mangeaille " propre à cette occasion : les volailles, les oies, les dindes, les cochons, les moutons élevés depuis le printemps et engraissés durant l'été.
Cette opération pouvait s'étendre facilement sur une période de trois à quatre jours. Puis, les femmes se relayaient autour de la cheminée ou du poêle afin de confectionner les plats les plus variés.
On préparait du boudin, du jambon, du pâté de tête, des beignets, des tourtières, du ragoût de pattes, de la tête en fromage, des pâtisseries, etc. Comme les réfrigérateurs n'existaient pas, toute cette boustifaille était entreposée dans la cuisine d'été, petite pièce attenante à la maison mais qu'on ne chauffait pas l'hiver.
Après les boucheries, on s'attaquait à la fabrication des chandelles à partir du gras animal inutilisé. La réserve de luminaire ainsi constituée servait à éclairer l'habitation et aussi l'église paroissiale lors de la messe de minuit. Quelques jours avant Noël, il était d'usage de faire la cueillette de ces chandelles, cueillette à laquelle chaque maisonnée contribuait généreusement.
Attente joyeuse
Puis arrivait la fameuse veille de Noël. Toute la soirée, on s'affairait, dans un climat d'attente joyeuse, en préparatifs de toutes sortes. Vers les 9 heures, les hommes sortaient pour aller atteler les carrioles, pendant que les jeunes montaient se coucher et que les femmes achevaient de se pomponner. Rappelons que jusque vers quatorze ou quinze ans, on n'allait pas à la messe de minuit. C'était le privilège des plus âgés. Souvent la maman restait au foyer avec les plus jeunes, et le reste de la famille partait en groupe. Tous étaient soigneusement emmitouflés dans leurs " capots de drap ou de chat ", les pieds posés sur des briques chaudes et enveloppés de peaux ou de couvertes de laine. Et le cortège s'élançait dans la nuit sombre et froide. Destination : l'église du village.
Après avoir salué toutes les connaissances sur le perron, on pénétrait dans le temple paroissial illuminé de mille chandelles, décoré, astiqué. À minuit, le curé entonnait les prières liturgiques, et un chanteur à la voix forte suivait avec le traditionnel " Minuit chrétiens ". Pendant les trois messes qui étaient alors d'usage, se succédaient les beaux cantiques de Noël que nous connaissons tous : Les anges dans nos campagnes, Ça bergers, Dans cette étable…
De retour à la maison, il y avait la distribution des cadeaux autour de l'arbre de Noël. Par la suite, on commençait le réveillon et on mangeait avec appétit et ce, pendant longtemps. C'était un véritable festin…. Seulement que de bons mets sur la table…. Puis le groupe s'animait et on s'amusait ainsi très tard dans la nuit jusqu'au moment où mon arrière-grand-père Émile se levait pour nous dire d'aller se coucher, qu'on faisait trop de bruit et qu'on l'empêchait de dormir. Fait à noter, il était très vieux, presque centenaire….
Voilà le Noël que j'ai vécu au cours de mes jeunes années....